Témoignage

Je suis né au mois octobre à Nice.
Ma mère biologique m’a gardé 2 mois et, comme elle n’avait pas la fibre maternelle, elle m’a confié à un orphelinat, à Cannes, qui s’appelait « Rayon de Soleil ».
Je suis resté 7 mois à l’orphelinat en faisant quelques séjours à l’hôpital.

Mes parents m’adoptent en juillet de la même année,  à l’âge 9 mois.
Deux ans et demi après, mes parents adoptent une petite fille. J’étais tout heureux d’ avoir une petite sœur.
Je passe mon enfance tranquille dans mon petit village.

Par contre, j’avais des difficultés d’attention en classe : je ne pouvais pas rester assis sagement. J’avais un fort besoin de bouger. Mes résultats scolaires étaient très moyens ; je m’en foutais, je n’avais pas envie de travailler. J’avais toujours besoin de prendre quelqu’un en grippe ou d’avoir le dessus sur lui.
Et quand ce n’était pas le cas, je jouais le côté victime de l’adopté car je me sentais dépassé. Pour me faire plaindre et attirer l’attention sur moi. Je m’isolais, je voulais rester tout seul.
J’avais besoin de reprendre le dessus pour ne pas montrer ma faiblesse…
Ado, je n’avais pas d’amis car les amis te posent des questions… « Pourquoi tu as été abandonné … ? »

Je ne voulais donner ma confiance à personne de peur d’être à nouveau trahi, abandonné.
Je testais mes parents sans m’en rendre compte, pour savoir si j’avais du prix à leurs yeux. Par exemple, une soirée où je ne suis pas rentré, ils ont appelé la police, je me suis senti tout penaud, j’avais compris que j’étais leur fils.

À partir de la 5ème, on m’ a orienté dans l’horticulture. Ce côté concret m’intéressait beaucoup plus. Mes notes étaient en hausse, je me sentais reconnu.

Il faut que j’aie le sentiment de dominer, il ne faut pas que je me laisse écraser, sinon je perds mes moyens : « il n’y a plus rien ».
Je n’aime pas être commandé, j’ai le sentiment de perdre mes moyens. J’ai souffert dans l’armée, j’ avais trop de chefs.
L’abandon revient dans le travail, dans différentes responsabilités : jeune adulte, j’ avais du mal à gérer mon argent, je payais le resto à tout vent pour être reconnu.
J’ai fait du bénévolat auprès des personnes malades, j’étais heureux parce que je ne me sentais pas jugé.

Au travail, dès que je sentais que quelqu’un voulait prendre ma place, je devenais tyran et je jouais les victimes. Actuellement je suis à mon compte et je me sens libre.

Je suis marié depuis 24 ans et nous avons adopté 3 enfants.
À chaque fois que les enfants sont arrivés, mon abandon est revenu en force car j’avais peur de les abandonner à mon tour, de n’être pas capable de tenir mon rôle de père comme mon père biologique a fait : « l’abandon », « la peur de la paternité », « je vais foutre le camp, donc je ne suis pas capable d’être père… ».
J’ai suivi une thérapie qui m’a permis de guérir de mes blessures.
J’ai posé des actes de pardon à mes parents biologiques et autres. Car avant cela, je traitais surtout ma mère de tous les noms « d’oiseaux ». Je lui en voulais de m’avoir laissé tout seul abandonné dans cet orphelinat.
Mais grâce au pardon que j’ai fait, je me suis autorisé à faire des recherches pour la retrouver.
Je l’ai retrouvée il y a 4 ans.
Je lui ai dit merci de m’avoir donné la vie et de ne pas avoir avorté.
J’ai enfin compris pourquoi elle m’a abandonné parce qu’elle-même a été abandonnée ; elle n’avait pas reçu d’affection maternelle et ne pouvait donc pas m’en donner.
Actuellement, elle ne m’a toujours pas dit qui était mon père biologique, elle me cache la vérité, cela, je n’aime pas… Elle me dit qu’ il ne savait pas qu’elle était enceinte de moi.
Elle m’a dit aussi qu’elle avait fait un déni de grossesse et cela me parle, parce qu’au fond de moi j’ai toujours envie d’ être « caché dans ma grotte seul ».
Actuellement, mes relations avec elle sont ponctuelles, car elle ne veut pas s’attacher à quelqu’un. Elle met des distances pour toutes les personnes qui lui montrent de l’affection.

Concernant mes enfants adoptés, j’arrive à comprendre leur souffrance de l’abandon.
On se comprend, car la blessure de l’abandon est commune.
Je reconnais que le fait qu’ils soient de pays différents accentue la blessure.

C’est grâce à mon épouse et à des amis que j’ai pu faire ces démarches de pardon.
Et je remercie ma chère épouse car son attachement Sécure m’aide à me stabiliser.

Et me voilà enraciné comme un olivier en Provence.

2 commentaires on “Témoignage

  1. Bonjour et merci pour ce beau témoignage.
    Cela me donne espoir et confirme qu’il faut vraiment apprendre à pardonner pour avancer. C’est un chemin long et douloureux mais essentiel.
    Je vous souhaite d’être heureux dans votre famille et avec vos enfants; belle Année 2019.

    Anne (mère de 2 enfants adoptés à Madagascar)

  2. Bonjour
    Oui très joli témoignage , merci d’oser dévoiler vos ressentis pour aussi nous aider à comprendre…. Les émotions, les sensations internes suite à un abandon…. Comment aider à s’enraciner à faire de nouveau confiance. On essaie d’accompagner , au mieux et avec sincérité et franchises, nos deux enfants vers leur vie d’adulte. Sylvie Maman de cœur

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